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Die dritte Revolution – Fred Vargas

29. April 2011

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Die Franzosen sind bekanntlich etwas revolutionärer und streikfreudiger. Nach der letzten Fußballweltmeisterschaft zeigte sich aber auch, dass diese Tugenden auch bei unseren Nachbarn nicht immer toleriert werden. Als die französische Fußballmannschaft in Südafrika das Training verweigerte, Sportministerin und Präsident nicht zum Einlenken bewegen konnten, da war die Grenze in der Bevölkerung erreicht. Die Franzosen sprechen von der ersten Revolution und dem Ende der Monarchie. Sie sprechen von der zweiten Revolution, und dem Ende der Unterdrückung durch Moralinstanzen. Und nun sprechen manche von der dritten Revolution, die sogenannte ökologische Wende. Fred Vargas ist Archäologin und schreibt Kriminalromane. Doch nun übt sie sich auch in ökologischen Revolutionsreimen, und sie sind schön zu lesen. Fußball und Ökologie haben einen anderen Stellenwert, und so kann Vargas auf Akzeptanz hoffen.


Fred Vargas – Archéologue et écrivain

Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-
fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le
faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait
mal.

Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités
d’insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous »,
entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides
à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures,
nous  avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout
monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits,
nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous
avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé
des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme
faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement
modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes,
faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni
vu ni connu. Franchement on s’est
marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus
rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner
pommes de terre.

Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution
néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a
pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? »
demanderont quelques esprits réticents et chagrins

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas
demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous
avoir aimablement laissés
jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée,
souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz,
d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des
araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu
portées sur la danse).

Sauvez-moi ou crevez avec moi
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on
s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et
honteux. D’aucuns, un brin rêveurs,
tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec
la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa
voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en
partant, veiller à la paix,
contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas
sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là
où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce
charbon tranquille récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore,
on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même
bien marrés).

S’efforcer.

Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux
qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas
incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions
le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de
l’homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous
danserons encore.

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